Archives des tags : Coup de cœur

La Source

26 jan

La Source
ANNE-MARIE GARAT
Actes Sud Littérature, Domaine Français, 384 pages,

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Présentation éditeurs, www.actes-sud.fr

Venue au Mauduit, petit village de Franche-Comté, au motif officiel d’obtenir de la mairie l’autorisation, pour ses étudiants en sociologie, de consulter les archives communales de cette si banale petite bourgade française, la narratrice, hantée par la sombre énigme de son propre passé familial, ignore qu’elle va y faire une rencontre décisive en la personne de Lottie, solide et intimidante nonagénaire, désormais seule occupante de la vaste demeure des Ardenne, construction aussi baroque qu’extravagante édifiée sur des terres de mauvaise assise dans un méandre de la rivière qui coule en contrebas du bourg.
Soir après soir, la vieille dame qui, faute d’hôtel au village, accepte de loger la visiteuse, dévide pour elle l’histoire du domaine où elle est entrée comme bonne d’enfant à l’orée du xxe siècle. Mais faut-il la croire sur parole, elle qui dit n’être que la récitante des fantômes qui ont jadis habité ces murs, ou sont partis vers l’Afrique, le Tonkin ou les forêts du Yukon ? Et que faire du récit de cette conteuse acharnée qui, sans avoir jamais quitté sa campagne, rêve peut-être à haute voix quelque exotique roman de la filiation dont elle contraint la narratrice à devenir la dépositaire ?
Où les histoires prennent-elles source et où vont-elles une fois racontées ? La narratrice, écoutant la vieille Lottie, devine-t-elle en quoi celle-ci va éclairer son propre destin ? Car les récits ni les contes ne sont d’inoffensives machines et leurs puissants sortilèges s’entendent à recomposer jusqu’à la matière même du temps.

“Au départ serait le domaine des Ardenne, une maison d’ombre bâtie sur de mauvaises terres au fond d’un vallon, près d’une rivière. La très vieille Lottie y accueillerait un soir ma narratrice, mais cela ne commence pas là. Au départ, ce serait un jour d’août 1904 où Lottie enfant a vu, comme un signal du monde parallèle, passer sur le chemin une créature à deux têtes, et des nuages, pareils à ceux d’une lointaine vallée du Klondike.
Mais faut-il croire sur parole cette récitante, randonneuse de pages et arpenteuse d’Atlas, qui dévore les livres de la bibliothèque ; sait-elle où naissent les histoires ? Au long des veillées près de sa cheminée, sa visiteuse l’écoute. Peutêtre est-elle venue chercher quelqu’un d’oublié dans les archives et au cimetière du bourg, son père ou un jeune homme assassiné, mais il est déjà trop tard : les fantômes du passé et de l’avenir rappliquent, leur destin s’intrique au sien car, dit Lottie, même écrit sur du vent, c’est le récit qui l’emporte.
Pourtant, rien ne coule de source ni dans le bon sens, comme le feraient croire la petite nymphe en bronze d’un encrier, la photo enneigée d’une cabane en rondins ou le camée volé à une morte aux yeux exorbités : non, cela ne commence pas là. Plutôt en Afrique ou au Tonkin, au fond d’un coffre à jouets, dans un conte des forêts, inventé par amour d’une orpheline ; ou dans les lettres d’un infirme par sa faute, qui se fit prospecteur de la langue inconnue en laquelle les hommes se parlent…
Des uns aux autres, j’écoute voyager le récit mais est-ce une fin ou un commencement ?’’
A.-M. G

Jacob, Jacob

21 jan

Jacob, Jacob
Valérie Zenatti
Editions de L’Olivier, 168 pages

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Roman familial, Valérie Zenatti nous fait partager l’intime de la tribu Melki.
Jacob nous guide dans les rues de Constantine, l’insouciance des enfants, les parfums de la Méditerranée mais aussi la précarité dans laquelle vivent les les familles. Puis survient la guerre et la découverte de cette terre si souvent rêvée. Le décor et l’ambiance change, se fait plus sombre.
Souvent les phrases sont longues, la lecture haletante, interprétation de la jeunesse de Jacob.
Un superbe roman !

Présentation éditeur
« Le goût du citron glacé envahit le palais de Jacob, affole la mémoire nichée dans ses papilles, il s’interroge encore, comment les autres font-ils pour dormir. Lui n’y arrive pas, malgré l’entraînement qui fait exploser sa poitrine trop pleine d’un air brûlant qu’elle ne parvient pas à réguler, déchire ses muscles raides, rétifs à la perspective de se tendre encore et se tendant quand même. »

Jacob, un jeune Juif de Constantine, est enrôlé en juin 1944 pour libérer la France. De sa guerre, les siens ignorent tout. Ces gens très modestes, pauvres et frustes, attendent avec impatience le retour de celui qui est leur fierté, un valeureux. Ils ignorent aussi que l’accélération de l’Histoire ne va pas tarder à entraîner leur propre déracinement.

L’écriture lumineuse de Valérie Zenatti, sa vitalité, son empathie pour ses personnages, donnent à ce roman une densité et une force particulières

Chut, roman

21 jan

Chut
Charly Delwart
Editions Seuil, Fiction et Cie, 176 pages

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Présentation éditeur
Dans la Grèce plongée au cœur de la crise, une jeune fille de quatorze ans décide d’arrêter de parler et se met à écrire sur les murs d’Athènes, au milieu des inscriptions qui se multiplient dans la ville pour dénoncer le système qui a conduit à l’effondrement. Ses slogans a? elle sont tournés vers l’après, car elle est de la génération qui devra reconstruire, croire. Ses parents se séparent, sa sœur ne veut rien savoir, son frère s’est exile?, son entourage est perplexe. Mais elle tient bon.

Charly Delwart est né à Bruxelles en 1975. Il vit entre la Belgique et la France où il travaille dans le cinéma. Il a écrit trois livres : Circuit (Seuil, 2007 et Labor« Espace Nord » 2014), L’Homme de profil même de face (Seuil, 2010) et Citoyen Park (Seuil, 2012).

Mon avis
Dimitra s’insurge, décrit et écrit le quotidien dans ses cahiers et sur les murs de la ville. C’est une immersion dans la crise grecque, le quotidien de tout un peuple qui s’indigne. Coûte que coûte, Dimitra doit se construire alors que son univers s’écroule, pour garder la tête haute elle s’éveille a la politique, elle disperse ses petites phrases…
Un roman sur l’adolescence, une crise sur fond de crise. Un instant de lecture touchant.

 

Profanes

18 jan

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Profanes
JEANNE BENAMEUR, aux éditions Actes Sud, 270 pages

Présentation éditeur
Ancien chirurgien du coeur, il y a longtemps qu’Octave Lassalle ne sauve plus de vies. À quatre-vingt-dix ans, bien qu’il n’ait encore besoin de personne, Octave anticipe : il se compose une “équipe”. Comme autour d’une table d’opération – mais cette fois-ci, c’est sa propre peau qu’il sauve. Il organise le découpage de ses jours et de ses nuits en quatre temps, confiés à quatre “accompagnateurs” choisis avec soin. Chacun est porteur d’un élan de vie aussi fort que le sien, aussi fort retenu par des ombres et des blessures anciennes. Et chaque blessure est un écho.
Dans le geste ambitieux d’ouvrir le temps, cette improbable communauté tissée d’invisibles liens autour d’indicibles pertes acquiert, dans l’être ensemble, l’élan qu’il faut pour continuer. Et dans le frottement de sa vie à d’autres vies, l’ex-docteur Lassalle va trouver un chemin.
Jeanne Benameur bâtit un édifice à la vie à la mort, un roman qui affirme un engagement farouche. Dans un monde où la complexité perd du terrain au bénéfice du manichéisme, elle investit l’inépuisable et passionnant territoire du doute. Contre une galopante toute-puissance du dogme, Profanes fait le choix déterminé de la seule foi qui vaille : celle de l’homme en l’homme.

«Le profane étymologiquement est celui qui reste devant le temple, qui n’entre pas. C’est ainsi que je me sens. Et je ne peux pas échapper à la question. À quoi arrime-t-on sa vie pour avancer, jour après jour ?

La route que choisit Octave Lassalle, c’est les autres. Trop seul dans sa grande maison depuis tant d’années, il décide de s’entourer. Quand la famille fait défaut, quand la religion n’est pas de mise, il reste l’humanité. Et la seule carte du monde qui vaille, c’est celle, mouvante, des hommes et des femmes sur terre.

Le roman est tissé de ces vies qui se cherchent et se touchent, des vies trébuchantes, traversées d’élans et de doutes qui trouvent parfois, magnifiquement, la justesse.

C’est du frottement de ces vies imparfaites qu’Octave Lassalle cherche à être enseigné, retournant ainsi les Évangiles. C’est de ces points de contact improbables qu’il attend les seules épiphanies possibles. Des épiphanies profanes. Humbles.

Chacun des cinq personnages du roman a connu un moment dans son existence où la foi en quoi que ce soit de transcendant s’est brisée. Chacun des cinq va peu à peu reconstruire une route, sans dogme ni religion, pour retrouver la foi dans l’être humain, ici et maintenant.

J’ai écrit ce roman, comme Hélène, la femme peintre, en passant par les ombres de chacun pour qu’ils apparaissent peu à peu, dans la lumière.

Dans les temps troublés que nous traversons, où les dogmes s’affrontent, n’offrant de refuge que dans la séparation, j’ai voulu que Profanes soit le roman de ceux qui osent la seule liberté à laquelle je crois : celle, périlleuse, de la confiance. Cette confiance qui donne force pour vivre. Jusqu’au bout.»
Jeanne Benameur

Mon avis
Le lecteur est dans l’expectative. Il pénètre dans cette grande maison par la petite porte, chaque personnage cherche sa place, un balai savamment orchestré par ce vieux monsieur qu’est Octave Lassalle. Le passé et les émotions enfouies ressurgissent peu à peu.
Un très bon moment de lecture

À la recherche de la reine blanche

18 jan

 

À la recherche de la reine blanche
[Et Eventyr]
JONAS T. BENGTSSON, traduit du danois par Alexis Fouillet
aux éditions Denoël, collection Denoël et d’ailleurs, 528 pages

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Présentation éditeur

À six ans, Peter ne va pas à l’école. Son père et lui déménagent sans cesse et vivent en marge de la société. Que fuient-ils, de qui se cachent-ils? Chaque soir, en guise de réponse, son père lui raconte les aventures d’un roi et d’un prince qui, comme eux, n’ont plus de maison et voyagent à travers le monde pour tuer une reine blanche.
Peter admire ce père un peu magique qui exerce tous les métiers, tantôt ébéniste, éclairagiste ou jardinier. Inconscient du danger, il l’accompagne comme un jeu, une vie sur mesure qui pourrait durer toujours…

Odyssée tragique et tendre, À la recherche de la reine blanche nous parle de survie, d’amour et de transmission.

Mon avis
Peter dessine, il remplit des cahiers entiers des instants de vie et d’intimité. Lui et son père n’ont pas de véritable maison, leurs seuls biens sont quelques sacs plastiques, leur maître mot la fuite. Lui et son père déménagent souvent, trop souvent.
Ses cahiers sont ses souvenirs et seules traces de son passé de bohème, alors que l’image du père s’efface peu à peu. Jeune adulte c’est par la peinture qu’il essaie de renouer avec ce passé devenu trop envahissant.
Une très belle histoire sur l’amour filiale, la transmission. Ce père si fragile a pour seule ambition de transmettre à son fils cette nécessiter de vivre libre, de devenir l’adulte qu’il souhaite être

Deep Winter

18 jan

Deep Winter
Samuel W. Gailey
Traduit par Laura Derajinski
Aux éditions Gallmeister, 320 pages

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Dossier de presse
Danny ne sait pas quoi faire du cadavre qu’il vient de découvrir le soir même de son anniversaire. Ce corps, c’est celui de Mindy, sa seule amie dans la petite ville de Wyalusing, en Pennsylvanie. Depuis la tragédie survenue dans son enfance qui l’a laissé orphelin et simple d’esprit, tous les habitants de Wyalusing méprisent Danny, le craignent et l’évitent. Immédiatement, l’adjoint du shérif, un homme violent et corrompu, le désigne comme l’assassin, et tout le monde se plaît à le croire. Mais Danny n’est pas prêt à se soumettre. En quelques heures, l’équilibre précaire qui régnait jusqu’ici chavire.

En capturant vingt-quatre heures d’une des plus noires journées de l’Amérique des laissés-pour-compte, ce premier roman doté d’une puissance d’évocation à couper le souffle expose la violence qui gît sous l’eau qui dort.

À PROPOS DU LIVRE
Le livre a été finaliste du Silver Falchion Best First Novel – Literary Suspense award 2015.

Cette nuit, je l’ai vue

18 jan

Cette nuit, je l’ai vue

Drago Jančar

Traduit par Andrée Lück-Gaye, 224 pages

Prix du meilleur livre étranger 2014

 

cette nuit je l'ai vue

Quatrième de couverture

Veronika Zarnik est de ces femmes troublantes, insaisissables, de celles que l’on n’oublie pas. Sensuelle, excentrique, éprise de liberté, impudente et imprudente, elle forme avec Leo, son mari, un couple bourgeois peu conventionnel aux heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, tant leur indépendance d’esprit, leur refus des contraintes imposées par l’Histoire et leur douce folie contrastent avec le tragique de l’époque.

Une nuit de janvier 1944, le couple disparaît dans de mystérieuses circonstances, laissant leur entourage en proie aux doutes. Qui était vraiment Veronika ? Quelle fut vraiment sa vie ? Que cachait-elle ?

Cinq proches du couple tentent alors de cerner l’énigmatique jeune femme et délivrent, par fragments, les nombreuses facettes de sa personnalité, et ainsi reconstruisent son histoire, celle de son mari et celle de la Slovénie. Une oeuvre polyphonique magistrale !

ILS EN PARLENT…

« Il nous livre là un roman magnifique, rédigé d’une plume délicate faisant contraster la dureté de la guerre et une écriture aussi foisonnante que poétique. »

« Les Coups de cœur Payot ». Le Nouvelliste.

« Cette nuit je l’ai vue est un puzzle qui rassemble le crépuscule et l’aurore. Chaque personnage a son timbre unique, ses accentuations différentes. Jančar entend ce qu’il écrit, raison pour laquelle il compte parmi les auteurs les plus marquants d’aujourd’hui. »

Transfuge.

« Continûment servi par une traduction inspirée, le texte aux infinies nuances de Drago Jančar s’élève à ces hauteurs d’où rayonnent les chefs d’œuvre, qui éclairent les convulsions de l’Histoire. »

Jean-Claude Lebrun. L’Humanité.

 

L’auteur

Drago Jancar est né en 1948 à Maribor, dans une Slovénie alors englobée dans la « République fédérative socialiste de Yougoslavie ». Son père a été interné en camp de concentration pour faits de résistance contre l’occupant nazi. Dès ses études de droit, Jancar, rédacteur d’un journal étudiant, s’attire des difficultés de la part du régime. En 1974, il est condamné à un an de prison pour « propagande en faveur de l’ennemi ». Entre 1978 et 1980, il travaille à Ljubljana pour des studios cinématographiques mais, là encore, se heurte à la censure.

En 1981, il entre comme secrétaire aux éditions Slovenska Matica où il travaille aujourd’hui encore comme éditeur. Il se lie d’amitié avec le grand écrivain slovénophone de Trieste Boris Pahor auquel il rendra hommage en 1990 dans son essai L’homme qui a dit non. Ce n’est qu’après la mort de Tito en 1980 qu’il peut donner libre cours à son œuvre de romancier, nouvelliste et dramaturge.

En 1987 Drago Jancar est l’un des signataires du manifeste des intellectuels pour une Slovénie démocratique et indépendante. De 1987 à 1991, il prend une part de plus en plus active à la démocratisation de son pays en tant que Président du PEN Club de Slovénie. Durant la guerre de Bosnie, il apporte publiquement son soutien aux Bosniaques et se rend à Sarajevo assiégée pour apporter des aides. Dans son « Rapport succinct sur une ville longtemps assiégée », il s’interroge sur le rôle des intellectuels dans les conflits ethniques ou nationaux. Il polémique sur ce sujet avec l’écrivain autrichien Peter Handke.

« Sismologue d’une histoire chaotique », Jancar choisit le plus souvent pour personnages des êtres marginalisés et écrasés par la société et pour lieux des espaces clos tels que prisons, casernes ou hôpitaux psychiatriques. Il se garde pourtant de verser dans la compassion ou la protestation. La distance et l’ironie sont la marque de son style.

Il a obtenu en 1993 le plus prestigieux des prix littéraires slovènes, le prix Preseren, pour l’ensemble de son œuvre. Il a également reçu en 1994 le Prix européen de la nouvelle, en 1997 le Prix autrichien Jean Améry et en 2003 le Prix Herder. Ses récits et essais son traduits en plus de vingt langues. Son théâtre a été représenté dans de nombreux pays et est régulièrement joué en Slovénie.

 

Extrait

Ce matin, vers huit heures, en revenant de ma promenade à Luitpoldpark – si on peut appeler promenade un déplacement avec une canne- , j’ai trouvé dans ma boîte une lettre curieuse qui m’a brutalement ramené à l’époque où je servais dans les montagnes de Slovénie. Un parfait inconnu, un nommé Franc Gorisek, me demande si j’ai des renseignements sur un couple, Veronika et Léo Zarnik, disparu pendant la guerre. Cela m’a mis de mauvaise humeur, quels renseignements devrais-je avoir?

 

Mon avis

Cinq personnes, proches de Veronika se rappellent cette jeune femme pétillante. Mais que lui est-il arrivé cette nuit là? Chacun tente de se rapprocher de la vérité sans vouloir vraiment la connaître ou la reconnaître, entre nazisme et communisme aux heures les plus sombres de cette période tourmentée.

Autour de ton cou

18 jan

Autour de ton cou

Autour de ton cou

 de Achimamanda Ngozi Adichie, aux éditions Gallimard, collection Nouvelles, traduit de l’anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal

Quatrième de couverture

Lauréate de la loterie des visas, Akunna quitte le Nigeria pour les Etats-Unis; elle y découvre un pays qui a bien peu à voir avec celui de ses attentes. A Kano, dans le nord du Nigeria, une violente émeute intercommunautaire réunit deux femmes que tout sépare:une marchande d’oignons musulmane et une étudiante issue de la bourgeoisie chrétienne de Lagos. Dans Nsukka blanchie par l’harmattan, James Nwoye, ancien universitaire au soir de sa vie, repense au rêve biafrais et attend, la nuit, les visites de sa femme défunte, qui vient caresser ses jambes fatiguées. Voici quelques-uns des personnages des nouvelles d’Adichie; ils composent une image complexe et riche de la réalité nigériane d’aujourd’hui, qui prend ses racines dans le passé et se prolonge dans l’expérience de l’émigration, une plongée émouvante, souvent poignante, tour à tour terrible et drôle, toujours vibrante d’humanité.

 

Chimamanda Ngozi Adichie est née au Nigeria en 1977. Elle est originaire d’Abba dans l’état d’Anambra, mais a grandi dans la ville universitaire de Nsukka, où elle a fait sa scolarité. Ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires, notamment dans Granta. Elle a remporté le Commonwealth Writers’ Prize et le Hurston/Wright Legacy Award avec son premier roman, L’Hibiscus Pourpre. L’Autre Moitié du Soleil (editions Gallimard 2008) a reçu L’Orange Prize. Chimamanda Ngozi Adichie partage son temps entre le Nigeria et les Etats-Unis.

 

Mon résumé

 

-    Cellule Un : Nnamabia, jeune nigérian, petit délinquant, fils d’un professeur d’université commet quelques petits délits mineurs sur le campus de l’université où il réside avec sa famille. « …Par un lundi humide, quatre membres de secte embusqués à l’entrée du campus ont agressé une professeure en Mercedes rouge. Ils lui ont mis un pistolet sur la tempe, l’ont jetée hors de sa voiture, ont roulé jusqu’à la Faculté d’ingénieur où ils ont abattu trois étudiants qui sortaient de leurs amphis… » C’est le début du cauchemar pour Nnamabia et sa famille, sa mauvaise réputation le rattrape. 

 

-    Imitation : Nkem est l’épouse « d’un homme bien », Obiora membre de la liste des « Cinquante Hommes d’Affaires Nigérians Qui comptent » et qui par voie de conséquence par « leur mariage l’avait fait entrer dans un club très convoité, le club des Riches Nigérians Qui Envoient Leurs Épouses Accoucher en Amérique ». Le couple a loué, puis acheté leur résidence de Cherrywood Lane, charmante banlieue de Philadelphie. « Cela plaisait à Nkem d’être entrée dans un club de plus, le club des Riches Nigérians Propriétaires D’une Maison en Amérique. »  Nkem est une maman heureuse de deux enfants Adanna et Okey, tous deux scolarisés dans de bonnes écoles de Philadelphie. Le couple possède deux foyers, un au Nigeria et un en Amérique, c’est l’usage pour les membres du club des Cinquante Hommes d’Affaires Nigérians Qui Comptent. La vie est paisible et sans contrainte pour Nkem, cependant elle n’est plus aussi heureuse.

 

-    Une expérience intime : Chika et sa sœur Nnedi, toutes deux jeunes chrétiennes, étudiantes à l’université de Lagos sont en vacances chez leur « tantie ». Elles sont sur le marché de Kano au moment où surviennent des émeutes. Dispersées et séparées par la violence des émeutes, Chika se réfugie en compagnie d’une étrangère dans une petite échoppe désaffectée. Dans ce lieu sordide, un huis clos s’instaure.

 

-    Fantômes : « Aujourd’hui, j’ai vu Ikenna Okoro, un homme que je croyais mort depuis longtemps. Peut-être aurais-je dû me pencher, ramasser une poignée de sable et la lui lancer, comme on fait chez nous pur s’assurer qu’on a pas affaire à un fantôme… » Ainsi débute cette nouvelle. Ces deux hommes tous deux professeurs d’université, ont été séparés  » le 6 juillet 1967, le jour où nous avions évacué Nsukka en toute hâte, sous le soleil qui flamboyait d’un rouge étrange dans le ciel, dans le boum boum boum tout proche des obus des soldats fédéraux qui progressaient… »

 

-    Lundi de la semaine dernier : Kamara, diminutif de Kamarachizuoroanyi qui signifie  » Puisse la grâce de Dieu nous suffire » est une jeune baby sitter nigériane vivant à Philadelphie. Josh est le fils de Neil et Tracy, lui avocat, elle artiste. Josh est métis,  » Métis, appelait-on les enfants comme lui au Nigeria. Kamara avait toujours été choquée par le prestige des métis. Mais en Amérique, métis était un mot négatif. Kamara l’avait appris quand elle avait téléphoné pour l’offre de baby-sitting. Neil est inquiet pour son fils, il n’y a pas d’autres enfants de race mixte dans son école. Kamara apprend à connaître cette famille américaine et son étonnement s’accroît lorsque elle rencontre Tracy, isolée au sous-sol, en période de créativité artistique.

 

-    Jumping Monkey Hill : Jumping Monkey Hill est une résidence de vacances près du Cap. Ujunwa et sept autres personnes sont invités par Edward Campbell à Jumping Monkey Hill, une résidence de vacances. Durant les deux semaines de séjour, les participants doivent  participer à l’Atelier des Écrivains Africains, écrire une nouvelle la première semaine en vue d’une éventuelle publication dans L’Oratory et étudier le travail de chacun des participants la deuxième semaine. Ujunwa se met au travail, entre fiction et réalité sa nouvelle conquerra-t-elle le groupe?

 

-    Autour de ton cou : Akunna quitte Lagos avec le précieux sésame gagné à la loterie des cartes vertes. Elle s’installe dans le Maine puis dans le Connecticut, le pays qu’elle découvre n’a rien avoir avec ce qu’elle imaginait.

-    L’ambassade américaine : Lagos, une femme fait la queue devant l’ambassade américaine, elle est quarante huitième. Les cinquante premières personnes sont invitées à entrer dans le bâtiment pour y remplir leur demande de visa. La femme s’approche du guichet derrière lequel une employée recueille des informations sur son statut, la presse de questions. L’avant vieille son enfant est tombé, tué par un homme à la solde de Bachara.

 

-    Le tremblement : histoire d’amitié sur le campus de Princetown entre elle, Ukamaka et lui, Chinedu. Ils sont tous deux nigérians. L’esprit religieux les réunit, elle catholique, lui pentecôtiste.

 

-    Les marieuses : Chinaza a un mari tout neuf. C’est un mariage arrangé. Elle vit à Lagos, il est interne en médecine à New-York. Le mari tout neuf s’est aussi arrangé pour avoir une nouvelle vie à

-    M l’américaine. Chinaza est-elle prête à perdre son identité pour vivre le rêve américain ?

 

-    Demain est trop loin : Une petite américaine passe les vacances d’été au Nigeria, chez sa grand-mère paternelle en compagnie de son frère Nonso et son cousin Dozi. Les jeux d’enfants sont parfois cruels.  Adulte, lors du décès de Grandmama, la jeune femme revient sur les lieux de ses vacances et se souvient de son dernier jeu d’enfant.

 

-    L’historienne obstinée : Nwamgba est la mère d’un seul enfant Anikwenwa baptisé Mikael par le Père de la mission catholique. Le fusil du Blanc est plus puissant que la pétoire de son mari défunt. Elle envoie son fils à l’école des blancs où il adopte leurs coutumes. Nwamgba sait maintenant que son fils habite un espace mental qui lui est étranger.

 

Mon avis

Si je suis aussi bavarde c’est évidement que j’ai beaucoup aimé ce recueil, les espoirs de ces jeunes candidats à la migration, entre rêves et (dés)illusions.

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