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L’autre moitié de soi

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L’autre moitié de soi
Brit Bennett
[The Vanishing Half]
Traduit de l’anglais par Karine Lalechère
480 pages

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Mallard, petite bourgade de Louisiane dans le comté de Saint-Landry n’est même pas mentionnée sur les cartes du pays, à quoi bon ! Ce lieu est, dirons-nous l’entre soi d’une population à la peau plus claire que celle du voisin, une ville à l’image de son fondateur Alphonse Decuir. « … l’idée, elle était venue à Alphonse Decuir en 1848, alors qu’ il se tenait dans les champs de canne à sucre légués par son père dont il avait été lui aussi la propriété. À présent que le père était décédé, le fils affranchi voulait construire sur ses terres quelque chose qui défierait les siècles. Une ville pour les hommes tels que lui, qui ne seraient jamais acceptés en tant que Blancs mais qui refusaient d’être assimilés aux Negres… « . Le roman débute en 1964. Pour comprendre l’histoire il faut savoir que le 14 août 1954, jour de la Fête du fondateur, les jumelles Vignes les trois fois arriere-petites-filles d’Alphonse Decuir, Desiree et Stella âgées de seize ans ont disparus, deux enfants « au teint crémeux, aux yeux noisette et aux cheveux ondulés ». C’est une disparition volontaire, un petit peu plus qu’une fugue… Dix ans plus tard, Desiree refait son apparition flanquée d’une gosse « noir-bleu »…
Le décor est planté côté cour mais quelle est l’ambiance côté jardin, lorsque le rideau retombe sur l’intimité de chacune? Que s’est-il passé durant toutes ces années ? Pourquoi Desiree revient-elle ? et cette enfant, Jude ? et Stella, qu’est devenue Stella ?
Adele, Desiree, Stella, Jude, Reese et Kennedy sont les six faces d’un dé jeté au hasard de la vie, blanc sur noir, noir sur blanc ou plus complexe encore.
Ce roman à suspense est un meuble à tiroirs recèlant des petits secrets… Avec ses mots l’auteure afro-americaine soulève le voile de la ségrégation, du racisme qui peut aussi exister au sein d’une communauté, la quête d’une identité lorsque l’individu se situe à la frontière entre deux mondes,  une frontière plus intime parfois.
Un roman intéressant, vraiment.

Présentation éditeur
Quatorze ans après la disparition des jumelles Vignes, l’une d’elles réapparaît à Mallard, leur ville natale, dans le Sud d’une Amérique fraîchement déségrégationnée. Adolescentes, elles avaient fugué main dans la main, décidées à affronter le monde. Pourtant, lorsque Desiree refait surface, elle a perdu la trace de sa jumelle depuis bien longtemps: Stella a disparu des années auparavant pour mener à Boston la vie d’une jeune femme Blanche. Mais jusqu’où peut-on renoncer à une partie de soi-même?

Dans ce roman magistral sur l’identité, l’auteure interroge les mailles fragiles dont sont tissés les individus, entre la filiation, le rêve de devenir une autre personne et le besoin dévorant de trouver sa place.

Extrait : « Elle s’efforça de maîtriser les battements de son cœur. Elle s’était déjà fait prendre. La deuxième fois qu’elle avait prétendu être blanche. Pendant son dernier été à Mallard, plusieurs semaines après s’être aventurée dans la boutique de breloques, elle s’était rendue au musée d’art de la Louisiane du Sud un samedi matin comme les autres, pas un jour réservé aux Noirs. Elle avait monté les marches de l’entrée principale, sans passer par la petite porte sur le côté. Personne ne l’avait arrêtée et, une fois encore, elle s’était sentie idiote de ne pas avoir essayé plus tôt. Pour être blanc, il suffisait d’oser. Elle pouvait convaincre n’importe qui qu’elle était à sa place, le tout était de donner le change.
Dans le musée, elle avait lentement parcouru les salles, étudiant les impressionnistes flous. Elle écoutait distraitement le vieux guide bénévole qui récitait son laïus à un cercle d’enfants apathiques, quand elle avait remarqué un gardien, un Noir, qui l’observait dans un coin. Il lui avait adressé un clin d’œil. Horrifiée, elle était passée devant lui à toute allure, tête baissée. Elle ne s’était autorisée à souffler que lorsqu’elle avait retrouvé le soleil. Elle était rentrée en bus à Mallard, le visage brûlant. Bien sûr que ce n’était pas si simple de se faire passer pour une Blanche. Bien sûr que le gardien noir ne se laisserait pas abuser. On reconnaît toujours les siens, disait sa mère. »  (page 211)

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