Ceux qui partent
Jeanne Benameur
Aux éditions Actes Sud, 350 pages.

9782330124328

Qu’est-ce que l’exil, lorsque le migrant n’est pas encore tout à fait l’émigré. Faut-il tout quitter, tout oublier ou laisser cohabiter l’avant avec l’après, s’enrichir de ces deux mondes, une perte pour une quête ?

Ellis Island, le point d’arrivée et le point de départ.
1910, Emilia et son père Donato Scarpa quittent leur Italie natale pour vivre une seconde vie en Amérique. Sur cette l’île cosmopolite les destins se croisent, se lient, le passé se déconstruit pour bâtir un futur prometteur.
Au petit jour, sur cette terre nouvellement foulée, ils se retrouvent, eux, les migrants, à l’aube de leurs nouvelles vies, aux côtés de ceux qui rêvent d’un autre avenir, d’une autre liberté.
Sur l’île, Emilia, Donato, Esther, Gabor et Marucca, les migrants, fatigués, inquiets, à la marge de deux univers luttent avec le passé encore si présent.
À New-York, dans la ville, Andrew, Sigmundur, Ruth, Elizabeth, Lucile et Hazel, ces américains bien installés se souviennent pour prendre possession du quotidien.

Extrait :
« Les émigrants ne cherchent pas à conquérir des territoires. Ils cherchent à conquérir le plus profond d’eux-mêmes parce qu’il n’y a pas d’autre façon de continuer à vivre lorsqu’on quitte tout.
Ils dérangeront le monde où ils posent le pied par cette quête même.
Oui, ils dérangeront le monde comme le font les poètes quand leur vie même devient poème.
Ils dérangeront le monde parce qu’ils rappelleront à chacune et à chacun, par leur arrachement consenti et leur quête, que chaque vie est un poème après tout et qu’il faut connaître le manque pour que le poème sonne juste.
Ce sera leur épreuve de toute une vie car lorsqu’on dérange le monde, il est difficile d’y trouver une place.
Mais leur vaillance est grande.
Il y a tant de rêves dans le pas des migrants qu’ils éveilleront les rêves dormants à l’intérieur des maisons. Cela effraiera peut-être des cœurs endormis. Des portes resteront closes. Mais ceux qui espéraient confusément, ceux qui sentaient que la vie ne doit pas s’endormir trop longtemps regarderont par la fenêtre. Ils entrouvriront leurs portes et leur cœur battra plus fort… « 
Des migrants, pas encore émigrés…
Deux années ont été nécessaires pour écrire ce roman sensible et poétique. ❤️

Présentation éditeur

Tout ce que l’exil fissure peut ouvrir de nouveaux chemins. En cette année 1910, sur Ellis Island, aux portes de New York, ils sont une poignée à l’éprouver, chacun au creux de sa langue encore, comme dans le premier vêtement du monde.

Il y a Donato et sa fille Emilia, les lettrés italiens, Gabor, l’homme qui veut fuir son clan, Esther, l’Arménienne épargnée qui rêve d’inventer les nouvelles tenues des libres Américaines.

Retenus un jour et une nuit sur Ellis Island, les voilà confrontés à l’épreuve de l’attente. Ensemble. Leurs routes se mêlent, se dénouent ou se lient. Mais tout dans ce temps sus pendu prend une intensité qui marquera leur vie entière.

Face à eux, Andrew Jónsson, New-Yorkais, père islandais, mère fière d’une ascendance qui remonte aux premiers pionniers. Dans l’objectif de son appareil, ce jeune photographe amateur tente de capter ce qui lui échappe depuis toujours, ce qui le relierait à ses ancêtres, émigrants eux aussi. Quelque chose que sa famille riche et oublieuse n’aborde jamais.

Avec lui, la ville-monde cosmopolite et ouverte à tous les progrès de ce XXe siècle qui débute.

L’exil comme l’accueil exigent de la vaillance. Ceux qui partent et ceux de New York n’en manquent pas. À chacun dans cette ronde nocturne, ce tourbillon d’énergies et de sensualité, de tenter de trouver la forme de son exil, d’inventer dans son propre corps les fondations de son nouveau pays. Et si la nuit était une langue, la seule langue universelle ?

“ Quand j’écris un roman, j’explore une ques­tion qui m’occupe tout entière. Pour Ceux qui partent, c’est ce que provoque l’exil, qu’il soit choisi ou pas. Ma famille, des deux côtés, vient d’ailleurs. Les racines françaises sont fraîches, elles datent de 1900. J’ai vécu moi-même l’exil lorsque j’avais cinq ans, quittant l’Algérie pour La Rochelle.

Après la mort de ma mère, fille d’Italiens émigrés, et ma visite d’Ellis Island, j’ai ressenti la nécessité impérieuse de reconsidérer ce moment si intense de la bascule dans le Nouveau Monde. Langue et corps affrontés au neuf. J’étais enfin prête pour ce travail.

Je suis partie en quête de la révolution dans les corps, dans les cœurs et dans les têtes de chacun des personnages car c’est bien dans cet ordre que les choses se font. La tête vient en dernier. On ne peut réfléchir sa condition nou­velle d’étranger qu’après. Le roman permet cela. Avec les mots, j’ai gagné la possibilité de donner corps au silence.

Sexes, âges, origines différentes. Aller avec chacun jusqu’au plus profond de soi. Cet intime de soi qu’il faut réussir à atteindre pour effectuer le passage vers l’ailleurs, vers le monde. Chaque vie alors comme une aventure à tenter, pré­cieuse, imparfaite, unique. Chaque vie comme un poème.

J’ai choisi New York en 1910 car ce n’est pas encore la Première Guerre mondiale mais c’est le moment où l’Amérique commence à refermer les bras. Les émigrants ne sont plus aussi bien­venus que dix ans plus tôt. L’inquiétude est là. Et puis c’est une ville qui inaugure. Métro, gratte-ciels… Une ville où les femmes seraient plus libres que dans bien des pays d’Europe. Cette liberté, chacun dans le roman la cherche. Moi aussi, en écrivant.

Dans ce monde d’aujourd’hui qui peine à accueillir, notre seule vaillance est d’accepter de ne pas rester intacts. Les uns par les autres se transforment, découvrent en eux des espaces inexplorés, des forces et des fragilités insoup­çonnées. C’est le temps des épreuves fertiles, des joies fulgurantes, des pertes consenties.

C’est un roman et c’est ma façon de vivre.”

 J. B.

Photographie de couverture : amateur anonyme, 1920-1925. Collection Frank Maresca, The Newark Museum, New-Jersey.

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