L’ île aux enfants
Ariane Bois
Aux éditions Belfond, 240 pages

9782714481481ORI

Pauline Rivière et sa petite sœur Clémence, 6 et 4 ans, sont enlevées sur le bord de la route par une femme et un homme au volant d’ une camionnette rouge. Elles sont conduites dans un centre de rétention pour enfants et avec d’autres jeunes camarades elles s’envolent pour la métropole, en colonie de vacances. Ces méthodes leur paraissent étranges, mais elles sont jeunes. Par une journée de novembre, apeurées, transies de froid elles montent dans un bus, direction la Creuse, un centre de l’aide à l’enfance. Ce nouvel environnement hostile les effraie, tenaillées par l’angoisse elles s’accrochent l’une à l’autre. Elles seront rapidement séparées et confiées à des familles différentes. Pauline sera placée chez un couple de paysans, elle y vivra des mois difficiles et sera adoptée par une famille de Guéret… Les années passent, sa fille Caroline, étudiante en journalisme à Clermont-Ferrand, entendant à la radio l’histoire de ces 2000 enfants abandonnés ou enlevés, originaires de La Réunion et déplacés en métropole, s’interroge…
Dans ce roman à deux voix, la mère et la fille,  l’auteure met en lumière le scandale des Enfants de la Creuse. Tous n’ont pas été choyés dans leurs foyers adoptifs, certains, dès le plus jeune âge ont été utilisés comme garçons de ferme ou bonnes à tout faire.
En 1963, papa Debré était le 1er ministre de De Gaulle et député de La Reunion. Sur l’île les familles comptaient en moyenne 7 enfants, 60% de la population avait moins de 20 ans, beaucoup de chômage et de misère.
« Debré voulait moderniser l’île, éduquer les enfants. Il s’est appuyé sur un dispositif existant, le Bumidom, qui organisait l’ émigration volontaire d’ adultes de l’île. Il imagine envoyer les enfants repeupler les départements ruraux, en voie de désertification, le Gard, la Lozère, la Creuse, le Gers. Désengorger l’île et vider les bidonvilles. » Promettre à ses familles des jours meilleurs et un avenir pour leurs enfants pris en charge par la DDASS, scolarisés et confiés à des familles d’accueil aimantes. C’est sans compter tous les petits grains de sable qui vont faire dérailler cette machine, cette bouche béante qui avale les enfants près des cases pour les recracher dans le brouillard de la métropole, le froid et l’incompréhension, la méchanceté voir le racisme.
Ces enfants sont « des petits poucets des antipodes avec l’ état dans le rôle de l’ogre. »
Ce « transfert » cessera en 1984 sous la présidence de François Mitterrand.
En 2005.l’ association des Réunionnais de la Creuse décident d’assigner l’état devant le tribunal administratif de Limoges.
Le 18 février 2014, l’Assemblée nationale adopte  à 125 voix contre 14, la résolution proposée par Ericka Bareigts (députée socialiste de La Réunion), qui reconnaît la « responsabilité morale » de l’État français:
« Considérant que l’État se doit d’assurer à chacun, dans le respect de la vie privée des individus, l’accès à la mémoire ;
Considérant que les enfants, tout particulièrement, doivent se voir garantir ce droit pour pouvoir se constituer en tant qu’adultes ;
Considérant que dans le cas du placement des enfants réunionnais en métropole entre 1963 et 1982 ce droit a été insuffisamment protégé »
D’après le rapport de la commission nationale d’information et de recherche historique rendu le 10 avril 2018, de 1963 à 1984, près de 2150 enfants reunionnais ont été ainsi déplacés et répartis dans 83 départements. La Creuse en aurait accueilli 215.

Présentation éditeur
Pauline, six ans, et sa petite sœur Clémence coulent des jours heureux sur l’île qui les a vues naître, la Réunion. Un matin de 1963, elles sont kidnappées au bord de la route et embarquent de force dans un avion pour la métropole, à neuf mille kilomètres de leurs parents. À Guéret, dans la Creuse, elles sont séparées.
1998 : quelques phrases à la radio rouvrent de vieilles blessures. Frappée par le silence dans lequel est murée sa mère, Caroline, jeune journaliste, décide d’enquêter et s’envole pour la Réunion, où elle découvre peu à peu les détails d’un mensonge d’État.
À travers l’évocation de l’enlèvement méconnu d’au moins deux mille enfants réunionnais entre 1963 et 1982, dans le but de repeupler des départements sinistrés de la métropole, Ariane Bois raconte le destin de deux générations de femmes victimes de l’arbitraire et du secret. L’histoire d’une quête des origines et d’une résilience, portée par un grand souffle romanesque.

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